Rabat se prête assez bien aux courts séjours. Vous pouvez marcher longtemps sans avoir la sensation de traverser un immense décor touristique fabriqué pour les visiteurs, puis tomber soudain sur une porte monumentale, un jardin silencieux ou une vue largement ouverte sur l’Atlantique. La capitale marocaine possède aussi une particularité assez agréable : plusieurs de ses sites les plus connus se trouvent dans un périmètre raisonnable.
Deux jours suffisent donc pour en voir beaucoup, à condition de ne pas courir derrière chaque monument mentionné dans les guides. La ville mérite mieux qu’une succession de photos prises depuis un taxi.
Son patrimoine raconte d’ailleurs plusieurs Rabat à la fois. L’UNESCO a inscrit en 2012 un ensemble qui réunit la ville moderne aménagée durant le Protectorat et des quartiers bien plus anciens, certains remontant au XIIe siècle. Cette superposition se lit presque sans explication : avenues géométriques, murailles couleur ocre, maisons blanches, jardins et bâtiments administratifs apparaissent parfois à quelques minutes les uns des autres.
Premier matin : entrer dans Rabat par la médina
Commencez par la médina. Pas forcément à sept heures du matin avec un programme chronométré : Rabat supporte assez mal ce genre de tourisme militaire.
Bab El Had est une entrée pratique. Derrière cette grande porte, les rues commerçantes prennent le relais. Vous trouverez des vêtements, des épices, des pâtisseries, des objets du quotidien et quantité de petites boutiques qui semblent parfois n’avoir aucun lien entre elles. C’est justement ce qui rend la promenade agréable.
La médina de Rabat possède une atmosphère différente de celles de Fès ou de Marrakech. Elle paraît plus facile à apprivoiser. Les axes principaux se repèrent bien et certaines rues sont suffisamment larges pour que vous ne passiez pas votre temps à vous demander si vous venez de tourner trois fois autour de la même échoppe.
Descendez progressivement vers la rue des Consuls. Elle concentre une partie de l’artisanat et conduit vers le secteur des Oudayas. C’est une rue emblématique de la médina, notamment pour les tapis et les productions artisanales.

Ne traversez pas la médina comme un couloir.
Arrêtez-vous.
Un marchand déplace une pile de babouches devant sa boutique. Un chat dort contre une porte. Quelqu’un transporte un plateau de pains. Ces détails finissent parfois par laisser davantage de souvenirs qu’une façade vieille de huit siècles.
Je vous conseille également de prendre les rues en dehors des boutiques, vous pourrez ainsi découvrir les arches, les belles portes et les ruelles pleines de charme.




Puis direction la Kasbah des Oudayas
La transition entre la médina et la Kasbah des Oudayas fonctionne très bien à pied. Vous apercevez les remparts au bout de la rue des Consuls, puis Bab El Kebir, immense porte almohade construite au XIIe siècle.
À l’intérieur, l’échelle change.
Les murs sont d’un blanc éclatant et le bleu apparaît sur les soubassements, les portes ou les encadrements. Certains passages rappellent un peu Chefchaouen, comparaison d’ailleurs utilisée par l’Office national marocain du tourisme pour évoquer les ruelles bleutées du quartier.
Le mieux est d’oublier votre carte pendant vingt minutes.




Vous finirez probablement au bord de la plateforme qui domine l’embouchure du Bouregreg. En face, l’océan. À droite, Salé. En contrebas, la plage et le fleuve.
Le vent peut être nettement plus vif ici que dans la médina. En été, ce n’est pas franchement désagréable.


Passez aussi par le jardin andalou. Palmiers, orangers et allées ombragées créent une parenthèse assez étrange après les ruelles minérales de la kasbah. Si vous aimez les bijoux et les ornements traditionnels, le Musée national de la Parure se trouve également dans les Oudayas (ouverture de 10 h à 18 h, avec fermeture le mardi).



Savourer un thé à la menthe face au Bouregreg
Vous pourriez déjeuner immédiatement. Je préfère attendre un peu.
Installez-vous plutôt pour boire un thé à la menthe du côté du café des Oudayas, qui domine le Bouregreg. Le lieu est connu et vous n’y serez probablement pas seul, mais la vue justifie largement cette petite halte. L’Office national marocain du tourisme recommande lui-même cette pause après la visite des jardins et de la kasbah.
Commandez quelques pâtisseries marocaines avec le thé si vous avez faim.
Le sucre fera le reste.
Ensuite, redescendez vers la médina pour déjeuner ou continuez en direction du centre moderne. Vous avez encore plusieurs kilomètres dans les jambes, autant éviter le repas capable de transformer l’après-midi en sieste involontaire.

Premier après-midi : la tour Hassan et le mausolée Mohammed V
La tour Hassan forme avec le mausolée Mohammed V l’un des ensembles monumentaux les plus reconnaissables de Rabat.
L’histoire possède quelque chose d’inachevé.
À la fin du XIIe siècle, le souverain almohade Yacoub Al Mansour voulait construire ici une immense mosquée. Le projet ne fut jamais terminé. La tour elle-même devait être plus haute, tandis que les colonnes visibles sur l’esplanade correspondent aux vestiges de la salle de prière.
Vous vous retrouvez donc devant une sorte de chantier monumental arrêté depuis plus de huit siècles.
Cette idée me plaît davantage que celle d’un monument parfaitement achevé.
Au milieu des nombreuses colonnes de pierre, la tour semble presque isolée. Marchez un peu sur l’esplanade pour saisir les proportions du projet initial plutôt que de photographier simplement le minaret depuis l’entrée.
Juste en face se trouve le mausolée Mohammed V, achevé au XXe siècle. Son architecture tranche immédiatement avec la sobriété massive de la tour Hassan : marbre blanc à l’extérieur, toiture verte, bois sculpté et décor marocain très travaillé à l’intérieur.
Comptez une bonne heure pour les deux sites en prenant votre temps.



Finissez cette première journée le long du Bouregreg
À ce stade, votre téléphone vous proposera probablement encore quatre musées et deux jardins.
Ignorez-le.
Revenez plutôt vers le fleuve.
Les quais du Bouregreg donnent un visage complètement différent à Rabat, avec la marina de Salé en face et, suivant l’endroit où vous marchez, les murailles des Oudayas derrière vous. En fin de journée, la lumière est plus douce sur les façades blanches de l’autre rive.
Vous pouvez traverser vers Salé si l’envie vous prend (des barques proposent de vous y emmener). Sur un séjour de seulement deux jours, je n’organiserais toutefois pas une longue visite de sa médina le premier soir. Gardez plutôt cette possibilité comme détour improvisé.
Puis cherchez un restaurant.
Les quartiers Hassan et Agdal offrent beaucoup d’adresses, tandis que la médina convient mieux si vous souhaitez retrouver une ambiance plus traditionnelle. Pour une première soirée, un tajine ou une pastilla est presque attendu. Attendu ne veut pas dire mauvais.
Évitez simplement le restaurant choisi parce qu’un serveur vous a intercepté cinquante mètres auparavant.

Deuxième matin : le Chellah avant la chaleur
Le lendemain, direction Chellah.
Allez-y relativement tôt.
Le site ouvre actuellement à 9 h. Les horaires publiés prévoient une fermeture à 20 h entre avril et septembre et à 18 h entre octobre et mars ; des horaires réduits sont appliqués pendant le Ramadan.
Pourquoi le matin ?
Parce que Chellah se visite en plein air et que les pierres chauffent. Vous apprécierez davantage les ruines avant le milieu de journée.
Le lieu est exceptionnel par son empilement historique. Le site fut occupé dès l’Antiquité, puis intégré à la cité romaine de Sala Colonia. Plusieurs siècles plus tard, les Mérinides y installèrent une nécropole royale entourée de murailles.
Ruines romaines, minaret médiéval, végétation et cigognes se retrouvent donc dans le même paysage.





Étrange mélange. Très photogénique aussi.
Les fouilles archéologiques continuent d’ailleurs à enrichir la connaissance du site. Des découvertes annoncées en 2023 ont notamment mis au jour des thermes et de nouveaux vestiges liés à l’ancienne cité.
Prenez au moins une heure et demie.
Deux heures si vous aimez réellement l’archéologie.
Chose amusante : certaines cigognes installées sur les ruines semblent susciter davantage de photographies que les vestiges romains. Elles ont visiblement compris le fonctionnement du tourisme moderne.


Faites ensuite un détour par la Rabat du XXe siècle
Après Chellah, ne retournez pas immédiatement dans la vieille ville.
La partie moderne de Rabat mérite qu’on lui accorde une vraie place. Elle appartient elle aussi au périmètre inscrit au patrimoine mondial et fut largement aménagée durant les premières décennies du Protectorat français. L’UNESCO souligne justement la rencontre entre urbanisme moderniste occidental et traditions architecturales marocaines.
Passez par l’avenue Mohammed V et les rues voisines.
Vous verrez des immeubles administratifs, des façades Art déco, des arcades et de larges perspectives plantées. Après Chellah et les Oudayas, le contraste est presque brutal.
Et pourtant, c’est toujours Rabat.
Si votre deuxième jour tombe un lundi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi ou dimanche, vous pouvez ajouter le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain. Il est ouvert de 10 h à 18 h et fermé le mardi.
Comptez entre une heure et une heure trente selon les expositions.
Si vous aimez peu les musées, ne vous forcez pas sous prétexte qu’il figure dans un itinéraire. Prenez plutôt un café, marchez jusqu’au centre-ville ou gardez davantage de temps pour la côte.


Après-midi : choisissez entre jardin, musée et océan
C’est ici que je casserais volontairement le programme.
Votre deuxième après-midi dépend de la météo et, surtout, de votre niveau d’énergie.
Vous pourriez choisir :
- le Jardin d’Essais botaniques pour marcher tranquillement parmi les plantations
- le Musée Mohammed VI si vous n’y êtes pas allé le matin
- les quartiers Agdal ou Hassan pour observer une Rabat plus quotidienne
- un retour aux Oudayas si vous souhaitez profiter de l’océan avec une autre lumière
- la corniche et les plages si le ciel est dégagé
Une seule de ces options suffit.
Le Jardin d’Essais possède une place singulière dans l’urbanisme de la capitale puisqu’il fait lui aussi partie de l’ensemble patrimonial reconnu par l’UNESCO.
J’aurais tendance à privilégier l’océan après deux journées consacrées aux monuments.
Rabat est une capitale politique construite au bord de l’Atlantique, détail que l’on oublie assez facilement lorsque l’on enchaîne les visites historiques.
Revenir vers la plage des Oudayas en fin d’après-midi corrige immédiatement cet oubli.

Combien marcher pendant ces deux jours ?
Beaucoup.
Vous pouvez effectuer une large partie du premier jour à pied, surtout entre la médina, les Oudayas et les quartiers centraux. Pour Chellah, les distances sont moins agréables si vous souhaitez économiser vos jambes.
Les petits taxis bleus sont alors pratiques.
Ils circulent fréquemment en ville et coûtent généralement peu pour les trajets urbains. Demandez l’utilisation du compteur lorsque cela s’applique et gardez de la monnaie.
Le tramway dessert également plusieurs secteurs de Rabat et Salé. Il se révèle surtout intéressant si votre hébergement se situe loin du centre historique ou si vous voulez traverser le Bouregreg.
Pendant seulement 48 heures, vous gagnerez cependant davantage à combiner marche et petits taxis plutôt qu’à élaborer une stratégie complexe de transports.
Où dormir pour visiter Rabat en deux jours ?
Votre hébergement influencera réellement le rythme du séjour.
Autour de la médina, vous pourrez rejoindre facilement les Oudayas et plusieurs sites à pied. Vous trouverez aussi des riads cachés derrière des façades assez anonymes.
Le quartier Hassan offre un compromis pratique entre monuments, centre-ville et restaurants.
Agdal possède un visage plus moderne, avec de nombreux cafés, commerces et hôtels. Vous serez un peu plus éloigné de la médina, mais les soirées y sont simples à organiser.
Pour deux nuits seulement, je choisirais Hassan ou les abords de la médina.
Vous sortez le matin et la ville commence déjà devant vous.
À quelle saison visiter Rabat ?
Le printemps et l’automne offrent généralement les conditions les plus agréables pour parcourir la ville à pied.
L’été peut être chaud, même si la proximité de l’Atlantique modère davantage les températures qu’à Marrakech ou Fès. Prévoyez tout de même les visites exposées au soleil le matin.
L’hiver réserve des journées douces mais aussi de la pluie.
Dans tous les cas, emportez une couche légère pour le soir. Le vent venu de l’océan surprend parfois après une journée chaude.
Et portez de vraies chaussures.
Les pavés, les escaliers des Oudayas et plusieurs kilomètres de promenade finissent rapidement par rappeler qu’une jolie paire de sandales n’a jamais signé de contrat avec vos pieds.
FAQ
Deux jours suffisent-ils pour visiter Rabat ?
Oui. Deux journées pleines donnent le temps de découvrir la médina, les Oudayas, la tour Hassan, le mausolée Mohammed V et Chellah, puis d’ajouter un musée ou une promenade dans la ville moderne. Vous ne connaîtrez évidemment pas tous les quartiers, mais vous aurez déjà une vision assez large de la capitale.
Peut-on visiter Rabat entièrement à pied ?
Une grande partie du centre historique se parcourt facilement à pied. La médina, les Oudayas et plusieurs quartiers centraux se combinent bien lors d’une même promenade. Chellah se trouve davantage à l’écart ; un petit taxi vous fera gagner du temps.
Quel monument voir absolument à Rabat ?
S’il fallait en choisir un seul, la Kasbah des Oudayas offrirait probablement l’expérience la plus complète : patrimoine, ruelles, jardin et panorama sur le Bouregreg et l’océan se trouvent réunis dans un espace relativement compact. Pour l’histoire ancienne, Chellah possède davantage de profondeur.
Le Chellah vaut-il vraiment le détour ?
Oui, surtout si vous aimez les sites archéologiques. Les vestiges romains et mérinides occupent un espace verdoyant assez inattendu au milieu de la capitale. Prévoyez au minimum une heure et demie afin de ne pas parcourir le site au pas de course. Les horaires peuvent évoluer ; le site officiel publie les informations pratiques actualisées.
Quel est le meilleur moment pour visiter les Oudayas ?
Le matin offre des ruelles relativement calmes. La fin d’après-midi donne une lumière plus douce sur le fleuve et l’océan. Si votre planning vous l’accorde, allez-y une première fois en matinée puis revenez brièvement avant le coucher du soleil.
Faut-il réserver les visites à l’avance ?
Pour les principaux monuments en accès libre ou les promenades dans la médina, ce n’est généralement pas nécessaire. Pour les musées, vérifiez les horaires avant votre passage, surtout le mardi : plusieurs établissements de la Fondation Nationale des Musées ferment ce jour-là.
Rabat ou Casablanca pour un séjour de deux jours ?
Les deux villes proposent des expériences assez éloignées. Rabat concentre davantage de sites historiques accessibles sur un petit périmètre et se prête très bien à la marche. Casablanca possède une échelle urbaine plus vaste et une ambiance plus métropolitaine, c’est une destination attractive pour les espatriés. Pour un séjour centré sur les visites patrimoniales, Rabat se parcourt plus facilement en 48 heures.
Peut-on visiter Salé pendant ces deux jours ?
Oui, surtout si vous connaissez déjà le Maroc ou si vous aimez les médinas moins tournées vers les visiteurs étrangers. Salé se trouve juste de l’autre côté du Bouregreg. Pour une première découverte de Rabat en seulement deux jours, consacrez-y toutefois quelques heures au maximum afin de ne pas sacrifier Chellah ou les Oudayas.
Rabat est-elle une bonne étape lors d’un voyage au Maroc ?
Oui. Elle complète très bien Marrakech, Fès ou Chefchaouen parce que son rythme et son organisation diffèrent nettement. Vous y trouvez une médina historique, des vestiges antiques, une architecture du XXe siècle et l’océan dans la même ville. Cette coexistence entre patrimoine ancien et capitale moderne constitue d’ailleurs l’un des fondements de son inscription au patrimoine mondial.