Entre les montagnes du Rif et les eaux du détroit de Gibraltar, visiter Belyounech fait partie de ces endroits qui surprennent. Pourtant, ce petit village du nord du Maroc est encore assez peu connu des voyageurs qui traversent la région sans forcément s’y arrêter. Et franchement, c’est presque incompréhensible quand on découvre les paysages sur place.
Situé juste à côté de Ceuta, Belyounech mélange plusieurs ambiances dans un même lieu : une baie spectaculaire, des falaises abruptes, une eau turquoise, des vestiges historiques, des points de vue incroyables et une atmosphère encore très authentique. Dans cette ville, vous pouvez passer d’une promenade au bord de mer à un ancien site médiéval, puis terminer la journée devant une tajine face à une frontière européenne plantée au milieu d’un décor de carte postale.
Ce que j’ai aimé à Belyounech, c’est aussi ce sentiment de calme. Malgré la proximité avec Ceuta et Gibraltar, le village garde quelque chose de simple et de presque hors du temps. On y croise des pêcheurs, des familles qui profitent de la plage, des chèvres sur les collines… et parfois même des brebis qui broutent tranquillement en ville. Oui, cette phrase résume assez bien l’ambiance du lieu.
Si vous aimez les paysages sauvages, les petits coins encore préservés et les endroits qui donnent envie de s’arrêter tous les cinq minutes pour admirer la vue, vous devriez apprécier Belyounech.
Faire un arrêt en haut de la ville
Il y a des villages qu’on découvre progressivement. Et puis il y a Belyounech, qui vous attrape au détour d’un virage. En arrivant par la route de montagne, faites un arrêt avant de descendre vers la ville. Vraiment. Même si quelqu’un dans la voiture dit “on verra plus tard”. Plus tard, vous serez déjà en train de chercher une place pour vous garer dans une ruelle étroite.
Depuis ce point en hauteur, le décor ressemble presque à une maquette posée entre les reliefs du Rif et la Méditerranée. Les petites maisons colorées semblent glisser le long des collines, les pistes serpentent entre les buissons sauvages, et la mer apparaît au fond comme un immense mur bleu. En face, Gibraltar flotte presque dans la brume. Certains jours, on distingue les côtes espagnoles.
Le plus étonnant est ce mélange entre nature brute et vie quotidienne. Vous pouvez admirer un panorama spectaculaire pendant qu’une chèvre traverse tranquillement la pente juste à côté de vous sans la moindre considération pour votre séance photo. C’est aussi ça, le charme de Belyounech.
Prenez quelques minutes pour respirer, observer et écouter le silence coupé seulement par le vent ou le passage d’une vieille camionnette. Cet arrêt donne déjà le ton de la visite. Ici, tout paraît un peu plus calme, un peu plus sauvage, et franchement beaucoup plus photogénique que la moyenne.

Aller au « Belyounech Panorama »
Avant même de descendre vers la plage, dirigez-vous en voiture vers le Belyounech Panorama. Le nom n’a rien de prétentieux : ici, le paysage fait son petit numéro sans demander la permission. À l’ouest, vous apercevez l’îlot Persil, aussi appelé îlot Leïla, posé près de la côte marocaine.
En tournant le regard vers l’est, le village de Belyounech apparaît en contrebas, serré entre la montagne et la mer. Les maisons semblent accrochées à la pente, comme si elles avaient trouvé là le meilleur balcon du nord du Maroc. En face, par temps dégagé, l’Espagne et Gibraltar se dessinent de l’autre côté du détroit. C’est le genre d’endroit où vous sortez votre téléphone pour “une seule photo”, puis vous en prenez vingt-sept, dont trois avec votre doigt devant l’objectif.
Le panorama donne aussi une bonne lecture du site : la Méditerranée devant vous, le relief derrière, Ceuta toute proche, et cette impression assez rare d’avoir deux continents dans le même champ de vision. Venez plutôt le matin ou en fin d’après-midi, quand la lumière découpe mieux les côtes et que la chaleur laisse vos mollets tranquilles. Belyounech se mérite un peu, mais cet arrêt vous explique pourquoi le village revient souvent dans les conversations des amoureux du nord marocain.



Se promener sur le site historique
Belyounech ne se résume pas à une jolie baie et à quelques points de vue spectaculaires. Il y a aussi un site historique à découvrir. Pas de longues files d’attente, pas de barrières partout, pas de boutique qui vend des casquettes fluorescentes. Juste des vestiges anciens posés face à la Méditerranée.
Le lieu correspond aux restes d’une occupation suburbaine liée à la ville médiévale de Sebta, l’actuelle Ceuta. Dès le XIIe siècle, cet espace servait de lieu de plaisance aux habitants de la ville. Quand on voit le cadre, on comprend pourquoi ils venaient ici prendre l’air. Entre les montagnes du Rif, la mer turquoise et les criques rocheuses, ils avaient déjà trouvé le bon spot bien avant l’arrivée des touristes.
Ce sont des vestiges de maisons, hammams, mosquées, bastions et d’une al-munya mérinide. Ce type d’architecture palatine et de plaisance est très connu en Andalousie, mais est très rare au Maroc. En vous promenant ici, vous apercevez des murs de pierre, des traces d’anciens bâtiments et des fragments qui racontent un passé beaucoup plus raffiné qu’on ne l’imagine au premier regard.


Ce qui rend la balade agréable, c’est aussi le contraste permanent entre histoire et paysage. À certains endroits, vous passez d’un vieux mur écroulé à une vue complètement ouverte sur la baie. La mer prend des nuances incroyables sous le soleil : turquoise près du rivage, bleu profond au large, presque métallique quand le vent se lève un peu. On pourrait facilement rester assis là une heure sans rien faire d’autre que regarder les bateaux passer dans le détroit de Gibraltar.
Et puis Belyounech garde ce côté imprévisible qu’on retrouve dans les petits coins du nord marocain. Pendant ma visite, j’ai eu droit à une scène insolite : plusieurs brebis étaient en train de brouter dans le parc de jeux pour enfants juste à côté des vestiges. Personne ne semblait surpris. Les brebis non plus, d’ailleurs. Elles avaient l’air de considérer les toboggans comme faisant partie du paysage.




Descendre à la plage
Après les panoramas et les vestiges historiques, il y a un moment où Belyounech vous donne juste envie de ralentir. Direction la plage. Une fois arrivé au bord de mer, vous découvrez une longue promenade aménagée qui longe le sable et la baie. Cela ressemble un peu à une rambla méditerranéenne, avec ses bancs, ses palmiers, ses familles qui se promènent doucement et cette atmosphère détendue qui donne immédiatement envie de rester plus longtemps que prévu.
Le lieu est agréable à presque n’importe quelle heure de la journée. Le matin, l’air est encore frais et la mer parfaitement calme. En fin d’après-midi, la lumière devient magnifique sur les falaises et les montagnes derrière le village. Entre les deux, vous pouvez simplement marcher sans but précis, observer les pêcheurs, écouter les conversations qui se mélangent au bruit des vagues ou vous arrêter boire quelque chose dans l’un des petits commerces installés près de la plage.
Quelques cafés et restaurants permettent aussi de manger face à la mer. Ici, on ne vient pas pour une cuisine sophistiquée servie sous une cloche argentée. On vient plutôt pour savourer du poisson, un thé à la menthe ou une boisson fraîche avec cette vue incroyable sur la baie. Et honnêtement, avec un décor pareil, même un simple sandwich paraît soudainement meilleur.


La plage de Belyounech invite aussi à ne rien faire du tout, ce qui devient un luxe assez sous-estimé. Certains s’installent pour bronzer pendant des heures pendant que d’autres plongent directement dans l’eau translucide. La mer est très claire et le contraste entre le bleu intense de l’eau et les reliefs rocheux autour de la baie donne presque l’impression d’être sur une île.
En continuant à pied le long du littoral vers l’ouest, vous pouvez rejoindre la crique de Belyounech. Le chemin offre plusieurs beaux points de vue sur les falaises qui tombent dans la mer. C’est probablement l’un des meilleurs coins pour prendre un peu de recul et admirer la beauté du site.

En partant vers l’est, vous pouvez rejoindre le petit port de pêche de Belyounech. L’endroit a beaucoup de charme avec ses alignements de barques bleues. Avec les montagnes en arrière-plan et la Méditerranée juste devant, le décor est très photogénique. C’est un coin simple et authentique, parfait pour prendre quelques photos ou simplement observer l’activité des pêcheurs.


Faire du snorkeling ou de la plongée
Avec une eau aussi claire, difficile de résister longtemps à l’envie de regarder ce qu’il se passe sous la surface. Belyounech est justement un très bon endroit pour faire du snorkeling, surtout autour des zones rocheuses. Dès que la mer est calme, la visibilité est excellente et vous pouvez observer facilement des poissons, des oursins et tout un petit monde marin qui se cache entre les rochers.
Même sans aller très loin du bord, il y a déjà beaucoup à voir. Certains passages donnent presque l’impression de nager dans une piscine naturelle tellement l’eau est limpide. Pensez à prendre des chaussures aquatiques : les rochers sont beaux en photo, un peu moins quand on est pied nu.
Belyounech attire aussi les amateurs de plongée bouteille grâce à ses reliefs sous-marins et à la richesse de la vie marine dans cette zone du détroit. Plusieurs écoles de plongée sont installées sur place et proposent des sorties pour découvrir les fonds autour de la baie. Selon les conditions et les spots explorés, vous pouvez évoluer le long de parois rocheuses, observer des bancs de poissons, des anémones, des étoiles de mer et toute une faune qui profite des courants du détroit de Gibraltar.
L’expérience vaut autant pour ce qu’il y a sous l’eau que pour le décor en surface. Depuis l’eau, vous apercevez les montagnes du Rif qui tombent dans la mer, les falaises autour de la baie et les maisons accrochées à la pente. Il y a quelque chose d’assez spécial dans le fait de plonger ici, entre Méditerranée et Atlantique, avec l’impression permanente d’être au bout du continent.
Et même si vous n’êtes pas un grand sportif, le snorkeling est facilement accessible depuis la plage. Un masque, un tuba, un peu de curiosité et vous voilà déjà occupé à suivre des petits poissons.

Aller voir la frontière au bout de la ville
Tout au bout de Belyounech, la route finit par vous mener vers quelque chose d’assez étonnant : la frontière avec Ceuta. Même lorsqu’on sait qu’elle existe, le contraste surprend toujours un peu. D’un côté, un petit village marocain paisible coincé entre montagne et mer. De l’autre Ceuta (espagnole), avec une frontière terrestre bien marquée (c’est assez impressionnant même si c’est calme).
En avançant vers l’extrémité de la baie, vous apercevez progressivement les installations frontalières, les clôtures et les reliefs rocheux. L’ambiance est pourtant étonnamment calme. Ici, la frontière fait partie du paysage, coincée entre les criques, les falaises et les eaux turquoise.
Juste avant la frontière, vous trouverez un café-restaurant avec une terrasse placée face à la plage et à la mer. C’est le genre d’endroit où l’on s’arrête “cinq minutes” avant de finalement rester une heure entière. Vous pouvez y boire un dernier thé ou manger une tajine tout en regardant les vagues, les pêcheurs et cette fameuse frontière. Les tajines y sont vraiment très bonnes, généreuses et parfumées comme on aime les trouver dans les petites adresses locales où l’on cuisine encore.
Et puis il y a ce petit sentiment étrange et tellement singulier : être assis en terrasse dans un village marocain du Rif, avec l’Europe littéralement juste en face de vous (et à côté, avec Ceuta). Peu d’endroits donnent cette impression. Belyounech a ce talent rare de mélanger paysages sauvages, histoire, vie quotidienne et géographie presque irréelle dans un espace finalement assez petit.



Au final, ce qui m’a le plus marqué à Belyounech, ce n’est pas la plage, les vestiges historiques ou même la proximité avec Ceuta. C’est surtout l’environnement dans son ensemble. Rarement un endroit donne autant l’impression d’être entouré de paysages spectaculaires à chaque détour.
Entre les montagnes majestueuses et abruptes du Rif, les falaises qui tombent dans la mer, les criques turquoise, les différents points de vue sur Gibraltar et les panoramas qui apparaissent presque sans prévenir au bord de la route, Belyounech possède quelque chose de vraiment à part.
Même après plusieurs heures sur place à explorer la ville, je continuais de m’arrêter régulièrement pour regarder autour de moi. Et honnêtement, il existe peu de villages dans le nord du Maroc (à part le village bleu de Chefchaouen) où un trajet de quelques centaines de mètres suffit à vous donner envie de sortir encore une fois votre appareil photo ou votre téléphone portable.
D’autres photos de notre visite de Belyounech





































